Louis Boudreault

Louis Boudreault

Louis Boudreault

Au fil des mots


Luxury and real estate Natif des îles de la Madeleine, Louis Boudreault a fait ses études à Paris à l’École du Louvre. Parue au début des années 90, sa série Les envois retrace la route des couleurs à la Renaissance. Plus tard, en 2003, Destinées se consacre aux portraits de personnalités lorsqu’elles étaient enfants. Aujourd’hui, les Fragments d’écriture, inspirés de citations d’écrivains, poètes et chanteurs illustres, témoignent d’un travail de recherche sur la mémoire et l’être humain à l’aide d’immenses toiles dont la beauté ne peut que nous émerveiller. Rencontre avec un homme passionnément épris de littérature, de poésie et de mots.

À l’atelier © Daniel Roussel

En février dernier, votre exposition, Fragments d’écriture, à l’Espace Musée Québecor, a eu un grand retentissement. Quelle a été votre démarche?

Fragments d’écriture fait suite à une série de 350 tableaux, Destinées, qui m’a occupé pendant 13 ans. Il s’agissait de réaliser le portrait de personnages illustres qui ont marqué le siècle (de Gandhi à Simone de Beauvoir, en passant par Albert Camus), en les portraiturant lorsqu’ils étaient enfants. Avec Fragments d’écriture, je veux rendre hommage aux phrases qui ont traversé et embelli l’Histoire. Le fil directeur est donc évident entre les deux. Ma série précédente, Les envois, qui a duré dix ans, relatait quant à elle l’histoire de la couleur et de son voyagement au 16e siècle, de l’Orient vers l’Occident.

Parlez-nous des techniques employées pour Fragments d’écriture.

Chacune des lettres composant le tableau est d’abord dessinée au crayon de mine, de sépia ou de couleur comme je le ferais avec un portrait. Ensuite, beaucoup de ces lettres sont brodées. Le choix des fils de couleur est, à cette étape, primordial. C’est cette sélection qui donnera au tableau sa personnalité profonde. Certains tableaux demandent plus de 150 heures de broderie. J’ai des assistants pour m’aider, heureusement. À titre d’exemple, Je n’ai jamais voyagé vers d’autres pays que toi mon pays de Gaston Miron mesure 19 pieds et a demandé trois mois de travail.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux mots? Quelle importance ont-ils dans votre vie?

Je suis un grand lecteur et un passionné de littérature. Quand je rentre aux Îles de la Madeleine l’été, j’amène avec moi des caisses de livres et je passe mon temps à bouquiner pendant trois mois. Tout comme les portraits, les phrases des grands écrivains, qui tiennent souvent en trois mots, les définissent parfaitement. Il m’arrive au demeurant d’accompagner certains fragments d’écriture du portrait d’enfance de son auteur. Ce fut le cas de Kerouac : « Tout est en désordre. Les cheveux, les mots, la vie, le lit, le cœur ». Il y a une telle filiation entre les deux.

Pourquoi choisir de travailler sur des séries plutôt que sur des thématiques différentes chaque année?

Trouver un concept qui vous passionne et qui fonctionne intellectuellement et esthétiquement avec ce que vous voulez dire est très difficile. Les Fragments d’écriture m’ont demandé un an de recherche. La plupart des peintres ne font qu’un seul tableau dans leur vie. Je veux dire par là que des centaines d’œuvres ne sont qu’une variante d’une seule et même œuvre. Pensez à Matisse ou à Cézanne. Mes séries pourraient durer encore plus longtemps. J’ai travaillé sur Destinées pendant 13 ans et, pourtant, je n’ai qu’effleuré le sujet. J’ai représenté surtout l’univers francophone, mais j’ai fait le portrait de seulement trois Chinois et d’un seul Russe. Pour Fragments d’écriture, il reste tellement à dire. Ce serait un massacre que de passer à travers un sujet si important en quelques mois!

Fragments d’écriture, Jack Kerouac © Daniel Roussel

Portrait de Jack Kerouac © Daniel Roussel

La série des Fragments d’écriture va donc continuer?

Oui. Cet hiver, j’exposerai à Paris des tableaux axés sur des textes contenant tous le mot « Paris ». Barbara, Hemingway et Flaubert en feront partie. J’aimerais aussi faire un jour une exposition entièrement consacrée aux textes de Prévert, d’Aragon et d’Éluard. Je souhaite travailler sur les Fragments d’écriture encore longtemps.

Cette perspective est plutôt encourageante.

Oui! Quand je me lève le matin, je n’ai que l’embarras du choix!

Les Envois © Daniel Roussel

Destinées, Picasso © Daniel Roussel

Vos tableaux évoquent l’enfance, la poésie, la poésie de l’enfance. Ces thèmes vous sont-ils chers?

En fait, ce sont souvent les écrivains qui parlent de l’enfance. Marguerite Duras en est un bon exemple avec ces mots : « Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours. » Bien sûr, quand j’ai fait la série Destinées, j’ai travaillé sur la mémoire et sur l’humain. Il fallait donc commencer au début, c’est-à-dire à l’enfance. Mais mon travail sur la couleur avec la série Les envois n’abordait pas ce thème. Parfois, ce sont aussi les gens qui interprètent à leur manière les phrases de mes tableaux. Par exemple, ces mots de Jules Renard : « Un papillon, c’est un mot d’amour plié en deux. » Au départ, l’auteur l’avait écrit pour la femme qu’il aimait, pas pour un enfant. Mais le papillon évoque l’enfance.

Quelles sont vos influences picturales?

J’aime énormément le dessin. J’ai fait l’École du Louvre et Venise est mon troisième chez moi. La Renaissance italienne, le 15e et le 16e siècle, Leonard de Vinci, les Florentins ainsi que les dessins de Daumier et de Seurat me touchent énormément. En fait, j’aime la fragilité du crayon.

Vous habitez aux Îles de la Madeleine. Ce lieu est-il une source d’inspiration pour vous?

J’y suis né et j’y puise encore une grande force créative. J’y reviens trois mois par an. J’attends l’été comme le messie. C’est une terre de ressourcement et c’est là-bas que j’ai le temps de lire. Entre les séries, je m’amuse à dessiner la plage, les moutons et les oies, les herbes et les fleurs des champs.

www.louisboudreault.ca

Texte : Diane Stehle

 

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