La Fondation Douglas : une entrevue avec Laura Fish

« La maladie mentale ne fait pas de discrimination. » C’est ce que souligne Laura Fish, directrice générale de la Fondation Douglas, un organisme qui finance les soins aux patients et la recherche à l’Institut Douglas à Montréal. Avant même le début de la pandémie de COVID-19, un tiers des Canadiens avaient déjà vécu des troubles mentaux au cours de leur vie, ce qui représente plus de 30 % des demandes de prestations d’invalidité à court et à long terme.
Dans quelle mesure un don à la Fondation Douglas peut-il aider?
L’argent est la force motrice qui fait avancer la recherche sur les causes de la maladie mentale et l’amélioration des traitements. Le Centre de recherche Douglas est le plus important centre de recherche en santé mentale au Québec et le deuxième en importance au Canada. Notre hôpital compte plus de 260 lits et reçoit chaque année plus de 15 000 patients. Malgré ces nombres impressionnants, notre financement est nettement insuffisant. La Fondation amasse annuellement environ 2 millions de dollars, ce qui est relativement peu comparativement aux autres établissements de santé. Chaque dollar en don nous aide à améliorer les soins offerts aux patients.
Qu’est-ce que l’Institut Douglas a pu réaliser ces dernières années grâce aux fonds amassés par la Fondation?
L’une des choses dont je suis particulièrement fière, c’est que nous avons pu nous adapter et prendre soin de nos équipes de première ligne pendant la pandémie. Notre rôle et nos responsabilités ont changé subitement, et nous avons été capables de prendre soin non seulement de nos patients, mais aussi de nos médecins et de notre personnel infirmier et de soutien, tout en continuant à faire avancer la recherche. Cela illustre bien la générosité de nos donateurs, qui nous ont permis de poursuivre nos activités dans cette situation difficile.
Quelle incidence la pandémie de COVID-19 a-t-elle eue sur les activités de la Fondation Douglas?
La Fondation a subi un coup dur au début de la pandémie. Il y a eu une période durant laquelle nous étions les seuls dans la grande région de Montréal à recevoir des patients en santé mentale atteints de la COVID-19. Nous avons dû concentrer nos ressources sur les soins et devenir des leaders. Notre personnel a été réaffecté pour répondre aux besoins des patients atteints de la COVID-19 et nous avons créé une unité spécialement pour eux. En ce qui concerne la collecte de fonds, nos activités en présentiel comme notre cocktail annuel ont été annulées. Nous avons dû trouver d’autres moyens d’accroître notre visibilité et d’attirer l’attention des gens. Ça a été difficile.
Pourquoi y a-t-il autant de préjugés sur la santé mentale?
D’après moi, c’est sans doute parce qu’on n’en sait pas assez sur la santé mentale et qu’on n’est pas entièrement à l’aise de la nommer. Parce qu’on ne peut pas percevoir les maladies mentales de la même façon que les maladies physiques, on peut croire à tort qu’elles ne sont pas réelles. Les gens parlent de l’importance de la santé mentale de manière vague et générale, souvent sans même prendre conscience qu’une personne souffrant de problèmes mentaux est malade. Tant que la santé mentale restera un domaine sous-financé en soins de santé, notre compréhension du cerveau restera limitée, et nous ne saurons pas comment l’aider à mieux fonctionner.
Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle changé les perceptions et les discussions entourant la santé mentale?
Il sera impossible de le savoir avant plusieurs années, mais il semble que plus de personnes souffrent d’anxiété et de dépression depuis deux ans et que les gens sont plus à l’aise de discuter de la santé mentale et de leurs difficultés.
Comment peut-on mieux soutenir un proche vivant avec des problèmes de santé mentale?
Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire pour aider, à commencer par nommer la maladie mentale, en parler ouvertement et contribuer financièrement à la recherche, ce qui nous aide à mieux prendre soin des patients. On peut en apprendre plus sur la maladie mentale et participer à des campagnes de sensibilisation. Et donner, parce que nous en avons toujours besoin : nous voulons attirer les meilleurs experts dans le domaine pour soutenir nos études cliniques et en laboratoire. Nous avons aussi besoin d’espaces physiques mieux adaptés, de meilleures salles d’attente, d’un accès à des tablettes et au Wi‑Fi… Ces choses de base améliorent l’expérience des patients. Chaque effort compte.
Texte : Jennifer Laoun-Rubenstein