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Pascale Girardin : s’égarer pour mieux créer

Les magasins Printemps Haussmann à Paris et Saks Fifth Avenue à New York, l’Al Badia Golf Club à Dubaï, le restaurant Nobu Downtown à New York, les hôtels Four Seasons à Las Vegas et, plus récemment, à Montréal : aux quatre coins de la planète, les établissements de luxe s’arrachent ses œuvres. Il faut dire qu’en vingt ans de carrière, Pascale Girardin a développé un style unique. Qu’il s’agisse d’installations, d’œuvres d’art intégrées à l’architecture, de vaisselle ou d’objets d’art, sa signature est immédiatement reconnaissable. Elle a reçu LUXE dans son atelier du quartier Rosemont.

 

 

Le visage avenant et serein, Pascale Girardin nous accueille ce matin dans son studio lumineux de 4 000 pieds carrés. Autour d’elle, sa « brigade », une équipe de sept artistes céramistes, dont la moyenne d’âge doit avoisiner les vingt-cinq ans (et dont fait partie son fils Wolfe). « Même si je leur propose ma vision lors de la réalisation d’un projet, contrairement à un chef de cuisine, je reste ouverte à toute suggestion. Nos échanges m’enrichissent et me permettent de faire évoluer ma pratique. » Transmettre, échanger, évoluer. Trois notions sur lesquelles elle reviendra souvent au cours de notre rencontre et qui semblent au cœur de son approche humaine et professionnelle.

 

Saks Fifth Avenue, New York

 

D’ailleurs, après vingt-cinq ans de métier, en pleine possession de son art, Pascale Girardin a décidé il y a un an de retourner sur les bancs de l’école pour suivre une maîtrise en arts visuels à l’UQAM. « J’avais besoin de réfléchir sur le processus créatif, sur notre relation à la matière dans la découverte de soi-même. Souvent, on veut aller vers quelque chose, mais on constate que le résultat n’est pas ce qu’on avait en tête au début. »

 

Être ouvert à la découverte et à l’imprévisible. Voilà ce que l’artiste a rapidement appris en travaillant l’argile. Car celle-ci est très capricieuse : « Il faut accepter que la matière nous enseigne plutôt que d’essayer de tout maîtriser. Je développe ma pratique avec l’humilité totale du débutant, et plus j’en connais, moins j’en connais. Mais c’est ce qui est merveilleux et qui me motive à continuer! Je dis toujours à mes clients : “ça devrait marcher”, sans que ce ne soit jamais une certitude », explique-t-elle.

 

Celle qui a étudié en biologie avant de suivre une formation en arts plastiques et en arts visuels passe pourtant de longues heures à élaborer la formule chimique qui permettra d’obtenir le coloris et le produit imaginé. Mais une foule d’obstacles peuvent survenir dans la création d’une céramique : elle peut exploser dans le four, s’affaisser, se déformer, se fendre. Et il faut être prêt à se relever de ces échecs rapidement. « Dans ce métier, on ne peut pas pleurer sur le passé, sur toutes les heures perdues. On recommence et la pensée change », raconte Pascale Girardin.

 

West Edmonton Mail

Rêverie et bouddhisme zen

Selon le bouddhisme zen, c’est d’ailleurs lorsqu’on abandonne sa conception de ce qu’une chose est censée être qu’on l’apprécie pour ce qu’elle est. Cette philosophie, Pascale Girardin l’a complètement adoptée. Plutôt que de mettre au rebut les œuvres imparfaites, elle les pose sur une étagère de son atelier et attend. « Après des jours, des semaines et même des mois de gestation, je fais des liens nouveaux et l’une d’elles se dévoile enfin. » C’est ainsi que sa série de totems a vu le jour.

 

Lâcher prise, laisser son esprit se perdre dans la rêverie, l’artiste en a fait son mantra personnel. Son blogue fait d’ailleurs régulièrement part de ses « drifts », c’est-à-dire de ses « errances » artistiques, de ses pensées vagabondes qui peuvent évoluer et mener à une idée. Férue d’ouvrages érudits, elle a trouvé écho à ses recherches dans celles du philosophe français Gaston Bachelard, qui s’est lui-même beaucoup intéressé au rôle de la rêverie dans la création. D’un point de vue artistique, ses autres sources d’inspiration se trouvent du côté du Japon, en particulier de la céramique de la période Edo, pour son esthétique minimaliste et abstraite. La génération actuelle, qu’elle côtoie au quotidien au sein de son atelier, mais aussi à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM où elle enseigne, est également un puissant tremplin pour se renouveler.

 

En plus de ses prochaines commandes pour Saks Fifth Avenue, pour le Convention Center de Las Vegas ou encore pour des bateaux de croisière de luxe, Pascale Girardin prépare pour le mois de mai 2020 une exposition qui mêlera céramique, installation au sol et projection vidéo. L’occasion pour elle de nous faire part du fruit de ses recherches, notamment sa réflexion sur le lien qu’entretiennent ces différents médiums, en véritables « vases communicants ». À ne manquer sous aucun prétexte.

 

Nobu Downtown, New York

 

www.pascalegirardin.com

 

Texte : Diane Stehle

Photos : © Stephany Hildebrand

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